Prise en compte du patrimoine dans les problématiques d’aménagement des territoires

Luc-Emile BOUCHE-FLORIN |

Patrimoine et développement durable

Les urbanistes sont très soucieux du respect de nos patrimoines et sont engagés de longue date pour une prise en compte des patrimoines dans les problématiques d’aménagement des territoires et de développement durable. Le monde du patrimoine ne prend pas assez conscience que le patrimoine est durable par définition et par essence. Le Conseil de l’Europe a, de longue date, reconnu l’importance de la culture et du patrimoine pour le développement durable mais a ajouté aux trois piliers originaux du développement durable, un quatrième : la culture.

Approche sensible du patrimoine : de même que l’on définit le paysage comme une partie de territoire tel que perçu par les populations, ce paysage du quotidien qui fait sens et cohésion pour les populations, il existe un patrimoine du quotidien. Si nous voulons lutter contre l'exclusion et la montée du populisme, renforcer l'inclusion et la cohésion sociale, nous devons combler le fossé entre le patrimoine reconnu et le patrimoine du quotidien. L’identification du patrimoine du quotidien répond à la demande sociale de patrimoine comme il y a une demande sociale de paysage.

Le patrimoine et la participation : dans le cadre de la prise en compte des patrimoines, la sensibilisation, la recherche et la formation sont essentielles. Il reste à construire les outils participatifs qui vont permettre aux populations d’exprimer ce qui, pour eux, fait patrimoine.

Processus participatif : le Conseil Européen des Urbanistes a publié, sous les hospices du Conseil de l’Europe, une charte de la démocratie participative, elle reprend en peu d’articles les fondamentaux non normatifs de ce qui rend un processus de participation efficace et réel.

Prise en compte du patrimoine dans les politiques d’aménagement des territoires : il n’y a pas de politique du patrimoine sans une prise en compte de cette politique dans le domaine de l’aménagement du territoire. C’est un message trop éloigné d’une vision très sectoriel de la conservation du patrimoine. La stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au XXIe siècle du Conseil de l’Europe comporte une section centrale consacrée au développement territorial qui porte une vision intégré du patrimoine pour nos territoires. Les spécialistes du patrimoine doivent sortir de leurs chapelles, de leurs silos pour adhérer à une vision intégrée des politiques qu’ils portent et surtout faire en sorte d’intégrer les populations à la réflexion globale de la place du patrimoine dans le développement de nos territoires et de nos sociétés dans le respect de la diversité culturelle.

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Luc-Emile BOUCHE-FLORIN

Luc-Emile BOUCHE-FLORIN (né en 1955) est président d’honneur de l’ECTP-CEU et représentant officiel auprès du Conseil de l’Europe (Conseil européen des urbanistes, www.ectp-ceu.eu). Il est co-auteur de la Charte de l’Urbanisme Européen et a présidé plus récemment le groupe de travail qui a rédigé la Charte de la démocratie participative dans les processus de planification territoriale. Il travaille également en tant qu’expert du Conseil de l’Europe et, à ce titre, est membre de plusieurs groupes de travail. Il a notamment participé à la définition de la stratégie du patrimoine culturel européen pour le 21e siècle. Il est également membre de plusieurs groupes de travail au niveau de l’UE axés principalement sur le patrimoine culturel et les politiques de paysage. Il était aussi récemment élu vice-président du Conseil de l’Architecture, de l’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) de Paris. http://www.caue75.fr.

Architecte certifié DPLG et Urbaniste-Ingénieur diplômé de l’ENPC, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et titulaire d’une maitrise d’Ethnologie de l’Université de Paris VII Jussieu, Luc-Emile est associé principal de la société française d’Architecture et d’Urbanisme AGBF-Urban-Concept, http: //www.agbf .eu. Il a travaillé pendant 15 ans à l’étranger, principalement dans les pays d’Europe centrale et orientale (1991-2006) et a enseigné pendant sept ans en tant que chargé de cours à l’Institut de l’Urbanisme de l’Université Paris IV Sorbonne (2007-2014). Ses autres intérêts sont la restauration de peinture, l’équitation, l’opéra et l’écriture.

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