Module 15 : Construction de l’Europe des patrimoines – Programme détaillé

Dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l'Europe (mai à novembre 2019), qui coïncide avec les 70 ans du Conseil de l’Europe et les 60 ans du ministère de la culture, Bruno FAVEL, Chef du Département des Affaires européennes et internationales de la Direction générale des patrimoines, a souhaité consacrer un module à la construction de la Grande Europe des patrimoines, en sollicitant des personnalités de haut niveau, afin de valoriser les outils et les programmes de cette institution européenne et de souligner son rôle précurseur dans le domaine du patrimoine.
Le Conseil de l’Europe est la principale instance intergouvernementale européenne compétente en matière de patrimoine et de paysage qui a pour mission de développer une doctrine éthique, politique et professionnelle en matière de patrimoine et de paysage dans les 47 États parties à la Convention culturelle du Conseil de l'Europe de 1954.
Ce module, ainsi que le module sur l’Année européenne du patrimoine culturel 2018, permettent ainsi de renforcer les liens avec la Commission européenne, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe, les collègues en charge du patrimoine dans les pays de la Grande Europe, les professionnels et la société civile, et de poursuivre cette dynamique en faveur d’une Grande Europe de la culture et du patrimoine.

Le rôle précurseur du Conseil de l’Europe

Mme Gabriella BATTAINI-DRAGONI

Dans son  interview, Madame Gabriella Battaini-Dragoni, Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l’Europe, explique comment le Conseil de l’Europe a construit son action en plaçant la culture au cœur de son projet, dès 1954, avec la Convention culturelle européenne, puis l’évolution de la politique du Conseil de l’Europe en fonction d’objectifs tels que : comment rendre le patrimoine accessible à tous les citoyens européens, protéger la diversité culturelle et les savoir-faire patrimoniaux, favoriser le vivre ensemble, protéger le patrimoine contre les actes illicites, comment chacun peut contribuer au bien-être du patrimoine, notamment. Elle explique et décrit les programmes, activités, et outils normatifs en faveur de la culture, du patrimoine et du paysage au sein de cette institution intergouvernementale.

Le Conseil de l’Europe et le patrimoine culturel, une longue et belle histoire

Bénédicte SELFSLAGH

Depuis les années 60 et face aux défis qui se posaient pour la sauvegarde du patrimoine architectural à ce moment, le Conseil de l'Europe a engagé une réflexion dans ce domaine.

Comment son action a-t-elle évolué? Quelles sont les grands thèmes qui ont été abordés et pourquoi? L'action est-elle encore pertinente aujourd'hui? Et en quoi se distingue-t-elle des activités menées par l'Union européenne? Voici quelques questions qui seront abordées dans cette présentation.

Une Stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au XXIe siècle : un témoignage

Pierre PAQUET

Le projet de stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au 21ème siècle (Conseil de l’Europe, 2017) contribue à mettre en place une logique d'intervention intégrée pour la politique du patrimoine culturel en Europe, en modifiant l’approche traditionnelle verticale en silo vers une approche horizontale intersectorielle. Cette logique intégrée est le fruit de la Déclaration de Namur (2015) et résulte d’une construction partagée par près de 80 experts issus de quasi tous les pays représentés au sein du Conseil de l’Europe. Cette stratégie entend repositionner les politiques du patrimoine culturel en Europe, en les plaçant au cœur d'une approche intégrée, axée sur la conservation, la protection et la promotion du patrimoine par la société dans son ensemble, afin que tout le monde, - ceux qui participent plus étroitement à la gestion du patrimoine et ceux qui ont une connexion plus éloignée -, puisse l’apprécier et ressentir un sentiment de responsabilité face à ce patrimoine. La présentation témoigne du mécanisme de gestion participative du patrimoine qui constitue un axe fort de cette stratégie et qui est la base de son élaboration, ainsi que son large potentiel, y compris les mécanismes d’évaluation dont chaque acteur, institutionnel, de la société civile ou à titre privé doit désormais pouvoir s’emparer. La Stratégie 21 est un outil puissant qui exprime la passion au service du patrimoine culturel et facilite la mise en place d’initiatives favorables au principe de la gestion inclusive et intégrée du patrimoine.

Les journées européennes du patrimoine

Maguelonne Déjeant-Pons

Les Journées européennes du patrimoine représentent un événement culturel majeur à dimension internationale. Lancé par la France en 1985, l’initiative est, depuis 1999, conduite par le Conseil de l'Europe et l’Union européenne, dans le cadre d’un Programme joint. Les 50 Etats européens parties à la Convention culturelle européenne (l’ensemble des Etats membres du Conseil de l’Europe ainsi que la Bélarus, le Kazakhstan et le Saint-Siège) y participent en impliquant, selon leur système administratif, leurs régions et communes. La société civile, le secteur privé, ainsi que des milliers de bénévoles s’associent à ces démarches en promouvant de nombreuses initiatives. Il s’agit de célébrer la diversité culturelle, la richesse des monuments, des objets d’arts, des traditions et des savoir‑faire. Il s’agit mieux connaître les patrimoines : patrimoine matériel et immatériel.

Le réseau HEREIN et l’Europe des jardins

Orane Proisy

HEREIN est un réseau européen d’information sur le patrimoine culturel qui fédère les administrations publiques européennes responsables des politiques nationales dans le secteur du patrimoine culturel. Créé par le Conseil de l’Europe à la demande des Etats membres pour suivre l’évolution des législations et pratiques et permettre l’échange d’information en matière de politiques du patrimoine culturel, HEREIN est aujourd’hui un réseau de coopération unique en Europe. Ce réseau, composé de 46 Coordinateurs nationaux, alimente une base de données sur les politiques européennes du patrimoine, le « système HEREIN », accessible sur le site :  https://www.coe.int/fr/web/herein-system

HEREIN est également lanceur d’idées : un nouveau réseau «HEREIN au jardin» s’est constitué afin de promouvoir l’échange d’informations et de savoir-faire en matière de jardins, valoriser les activités nationales et internationales autour des jardins et sensibiliser les différents publics au thème des jardins, grâce notamment à l’événement européen des Rendez-vous aux jardins. L’opération française (née en 2003) des Rendez-vous aux jardins a essaimé en Europe : en 2018, 16 pays ont participé à cette opération aux mêmes dates, sur le même thème « L’Europe des jardins » et avec le même visuel. En raison de son succès, l’opération s’est s’étendue en 2019 à 20 pays, toujours aux mêmes dates, sur le même thème « les animaux au jardin » et avec le même visuel. En 2020, les Rendez-vous aux jardins se dérouleront les 5-6-7 juin dans toute l’Europe, sur le thème de la « transmission des savoirs ».

La Commission éducation et culture de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe

Claude VIVIER LE GOT

Peu de gens connaissent l’existence de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe. Or, cette structure internationale particulièrement originale permet à la société civile européenne d’être entendue par les décideurs politiques des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe. En présentant à la fois le fonctionnement de la Conférence des OING, mais aussi les activités diverses de la Commission éducation et culture, cette présentation permet de faire connaître au plus grand nombre les actions menées par les ONG pour faire respecter en particulier, l’Etat de droit et les droits humains, sur le territoire européen. Cette OING reconnue dans le domaine de l’éducation, met notamment en lumière le projet porté par sa Commission et qui consiste à rédiger un Livre Blanc sur l’identité culturelle européenne. Ce guide pratique dont la publication est prévue pour avril-juin 2020 sera destiné essentiellement aux enseignants et aux étudiants.

La Grande Europe du Patrimoine Culturel : Vue & Vécue par la Société Civile

Sneška QUAEDVLIEG-MIHAILOVIĆ

Europa Nostra est aujourd’hui reconnue comme la fédération pan-européenne la plus représentative de la société civile européenne engagée pour la sauvegarde et la promotion de notre patrimoine culturel commun. Sa mission principale est de faire entendre la Voix de la société civile auprès des décideurs politiques européens par le biais de plusieurs activités de lobbying politique, de networking & capacity building, mais aussi par des programmes phares comme les Prix européens du patrimoine / Prix Europa Nostra et le programme des « 7 Merveilles d’Europe en péril ».

Le Conseil de l’Europe a joué un rôle précurseur en favorisant largement l’implication de la société civile dans l’élaboration de ses politiques dès les années 1950. Dès sa naissance dans les locaux du Conseil de l’Europe à Paris en 1963, Europa Nostra a immédiatement coopéré avec le Conseil de l’Europe et obtenu un statut consultatif formel. Suite à des impulsions importantes dans les années 1970-80, telles que l’Année européenne du patrimoine architectural en 1975, la création du Concours Europa Nostra en 1978 et le lancement des Journées européennes du patrimoine en 1985, Europa Nostra a continué son développement et entretenu des relations solides avec le Conseil de l’Europe. Aujourd’hui encore, Europa Nostra soutien des initiatives importantes et prometteuses telles la Stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au XXIe siècle ainsi que la création d’un Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe dans le cadre de la Présidence française du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe (2019).

Les Itinéraires Culturels du Conseil de l’Europe

Stefano DOMINIONI

Le programme des Itinéraires culturels (DG Démocratie) a été lancé par le Conseil de l’Europe en 1987 avec la Déclaration de Saint Jacques de Compostelle. En 2010, par la résolution CM/Res(2010)53 confirmée par la résolution CM/Res(2013)66, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a établi un Accord Partiel Elargi sur les Itinéraires culturels (APE). Cet outil politique dont le siège est à Luxembourg au sein de l’Institut Européen des Itinéraires Culturels, est ouvert à l’adhésion des Etats membres et non-membres du Conseil de l’Europe qui souhaitent apporter leur soutien aux initiatives transnationales, nationales, régionales et locales en faveur de la protection du patrimoine européen et de sa valorisation touristique. En 2019, l’APE compte 33 Etats membres et 3 Etats Observateurs.

Ce cours vous présente les Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe, leur contexte historique et politique, les critères de certification tels que définis dans la résolution du Comité des Ministres CM/Res(2013)67, ainsi que quelques chiffres et exemples qui viendront illustrer son propos.

Prise en compte du patrimoine dans les problématiques d’aménagement des territoires

Luc-Emile BOUCHE-FLORIN

Patrimoine et développement durable

Les urbanistes sont très soucieux du respect de nos patrimoines et sont engagés de longue date pour une prise en compte des patrimoines dans les problématiques d’aménagement des territoires et de développement durable. Le monde du patrimoine ne prend pas assez conscience que le patrimoine est durable par définition et par essence. Le Conseil de l’Europe a, de longue date, reconnu l’importance de la culture et du patrimoine pour le développement durable mais a ajouté aux trois piliers originaux du développement durable, un quatrième : la culture.

Approche sensible du patrimoine : de même que l’on définit le paysage comme une partie de territoire tel que perçu par les populations, ce paysage du quotidien qui fait sens et cohésion pour les populations, il existe un patrimoine du quotidien. Si nous voulons lutter contre l'exclusion et la montée du populisme, renforcer l'inclusion et la cohésion sociale, nous devons combler le fossé entre le patrimoine reconnu et le patrimoine du quotidien. L’identification du patrimoine du quotidien répond à la demande sociale de patrimoine comme il y a une demande sociale de paysage.

Le patrimoine et la participation : dans le cadre de la prise en compte des patrimoines, la sensibilisation, la recherche et la formation sont essentielles. Il reste à construire les outils participatifs qui vont permettre aux populations d’exprimer ce qui, pour eux, fait patrimoine.

Processus participatif : le Conseil Européen des Urbanistes a publié, sous les hospices du Conseil de l’Europe, une charte de la démocratie participative, elle reprend en peu d’articles les fondamentaux non normatifs de ce qui rend un processus de participation efficace et réel.

Prise en compte du patrimoine dans les politiques d’aménagement des territoires : il n’y a pas de politique du patrimoine sans une prise en compte de cette politique dans le domaine de l’aménagement du territoire. C’est un message trop éloigné d’une vision très sectoriel de la conservation du patrimoine. La stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au XXIe siècle du Conseil de l’Europe comporte une section centrale consacrée au développement territorial qui porte une vision intégré du patrimoine pour nos territoires. Les spécialistes du patrimoine doivent sortir de leurs chapelles, de leurs silos pour adhérer à une vision intégrée des politiques qu’ils portent et surtout faire en sorte d’intégrer les populations à la réflexion globale de la place du patrimoine dans le développement de nos territoires et de nos sociétés dans le respect de la diversité culturelle.